On rédige un mail professionnel, on relit la phrase, et le doute s’installe : faut-il écrire « toutes les deux » ou « toute les deux » ? Ce flottement revient à chaque fois qu’on hésite sur l’accord de tout devant un nom pluriel. La réponse tient à une mécanique grammaticale simple, mais qui demande de repérer la fonction du mot avant de l’accorder.
Accord de « tout » devant « les deux » : le mécanisme grammatical
Dans « toutes les deux » ou « tous les deux », le mot tout fonctionne comme un déterminant (on parle aussi d’adjectif indéfini). Il s’accorde en genre et en nombre avec le nom ou le pronom qu’il accompagne.
Si on parle de deux personnes de genre masculin (ou d’un groupe mixte), on écrit « tous les deux ». Si on parle de deux personnes de genre féminin, on écrit « toutes les deux ».
La forme « toute les deux » n’existe pas. Elle mélange un singulier féminin (toute) avec un pluriel (les deux), ce qui crée une rupture d’accord. On ne peut pas non plus écrire « tout les deux » : le déterminant doit porter la marque du pluriel.
Méthode en trois étapes pour ne plus hésiter entre tout et tous
Les ressources pédagogiques récentes insistent sur une approche plus complète que le simple réflexe singulier/pluriel. On peut résumer la démarche en trois temps :
- Identifier la fonction grammaticale de tout dans la phrase : déterminant (devant un nom), pronom (remplace un groupe), ou adverbe (modifie un adjectif).
- Repérer le mot concerné par l’accord : le nom qui suit, le pronom qu’il renforce, ou l’adjectif qu’il intensifie.
- Appliquer l’accord correspondant : accord systématique quand tout est déterminant ou pronom, invariabilité quand il est adverbe (sauf devant un adjectif féminin commençant par une consonne ou un h aspiré).
Pour « toutes les deux », on est dans le premier cas : tout est déterminant, il accompagne « les deux », donc il prend la marque du féminin pluriel.

Tout adverbe ou tout déterminant : la confusion fréquente
La difficulté réelle ne vient pas de « tous les deux » (la plupart des gens l’écrivent correctement), mais de la cohabitation entre tout déterminant et tout adverbe dans la même langue. C’est cette double casquette qui génère le doute.
Quand tout est adverbe, il signifie « entièrement » et reste en principe invariable : « elles sont tout étonnées ». L’exception concerne les adjectifs féminins commençant par une consonne ou un h aspiré : « elles sont toutes petites », « elles sont toutes honteuses ».
Ce cas particulier pousse à mettre toutes un peu partout, par excès de prudence. Résultat : on finit par douter même dans des situations où l’accord est obligatoire et sans ambiguïté, comme « toutes les deux ».
Un test rapide pour trancher
Si on peut remplacer tout par « entièrement » ou « complètement » et que la phrase garde son sens, c’est un adverbe. Sinon, c’est un déterminant ou un pronom, et l’accord s’impose.
Dans « elles sont venues toutes les deux », on ne peut pas dire « elles sont venues entièrement les deux ». On est bien face à un déterminant : l’accord au féminin pluriel est la seule option.
Exemples concrets avec « toutes les deux » et « tous les deux »
Voici des phrases où l’accord ne pose plus de problème une fois la fonction identifiée :
- « Mes deux sœurs travaillent toutes les deux à Lyon. » – Féminin pluriel, déterminant, accord obligatoire.
- « Pierre et Marc sont partis tous les deux avant midi. » – Masculin pluriel, déterminant, accord obligatoire.
- « Ces deux solutions fonctionnent toutes les deux. » – Féminin pluriel (les solutions), accord obligatoire.
- « Tous les deux jours, le relevé est mis à jour. » – Masculin pluriel (les jours), accord obligatoire.
Dans chaque cas, tout accompagne un groupe nominal ou pronominal pluriel. L’accord en genre et en nombre est systématique quand tout joue ce rôle de déterminant.
Variante « tous deux » et « toutes deux » sans article
On rencontre aussi les formes « tous deux » et « toutes deux », sans l’article les. Elles sont correctes et relèvent d’un registre légèrement plus soutenu. La règle d’accord reste la même : masculin pluriel pour tous deux, féminin pluriel pour toutes deux.
« Toutes deux ont signé le contrat » fonctionne exactement comme « toutes les deux ont signé le contrat ». La seule différence est le niveau de langue. Dans un courrier administratif ou un texte juridique, la forme sans article passe mieux. À l’oral ou dans un mail courant, on utilise plus volontiers « toutes les deux ».
Le piège fréquent avec cette variante, c’est d’écrire « tout deux » en oubliant le s. Là encore, « tout deux » est toujours incorrect : le mot tout accompagne un pronom pluriel et doit s’accorder.
La difficulté persistante autour de tout vient de sa polyvalence grammaticale. Dès qu’on a identifié s’il détermine un nom, remplace un groupe ou modifie un adjectif, l’accord (ou l’absence d’accord) coule de source. Pour « toutes les deux » au féminin et « tous les deux » au masculin, le cas est tranché : c’est un déterminant pluriel, l’accord ne souffre aucune exception.

